Lettre du général Millo, commandant à Monaco, relative à la réunion de la principauté à la France
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Citoyens Militaires,
Les événements arrivés dans cette Principauté depuis que le décret du 15 décembre dernier y est parvenu et par lequel la République française proclame la liberté et la Souveraineté de tous les peuples chez lesquels elle a porté et portera ses armes, m'ont déterminé à Vous prier de m'éclairer de Vos lumières, en Vous faisant part de mes doutes et en vous communiquant mes idées à ce sujet.
Je ne puis me persuader, après avoir lu avec attention et réflexion le décret du 15 décembre qui a été demandé à la Convention nationale par les Généraux de la République et qui leur a été envoyé pour servir de règle dans les pays où ils portent les armes, qu'il puisse ni doive régarder la Principauté de Monaco. Citoyens, la réflexion dois succéder à de premiérs mouvements ; le zèle et le patriotisme nous transportent toujours lorsqu'il est question de marquer de l'empressement à la nation française ; Cette Principauté n'a jamais cessé de le manifester depuis plus d'un Siécle et demi qu'elle jouit du bonheur inapréciable de la gloire et de l'avantage d'être Sous la protection d'une grande, généreuse et puissante nation. Ce décret ne peut en aucune manière concerner la Principauté de Monaco si on considère la teneur du traité de protection que l'assemblée nationale
a déclaré successivement par deux décrets en vouloir observer réligieusement et de bonne foi tous les articles. Le 6e Seulement impose à la Garnison et à moi, qui ai l'honneur de la Commander, le dévoir de laisser le Prince de Monaco, en Sa liberté et souveraineté de Monaco, Menton et Roquebrune, sans que ladite garnison l'y puisse troubler et S'ingérer jamais en ce qui est de la souveraineté de terre et de mer, et moins encore au gouvernement et justice de ses peuples et administration de ses biens ; mais seulement ladite garnison doit s'employer à garder la place fidellement pour ledit prince et Ses successeurs sous la protection de la France.
Un traité aussi solemnel, et que l'assemblée nationale s'est engagée à observer dans toute Son intégrité, ne sauroit être détruit par un décret qui paroit n'avoir été fait que pour les pays conquis ou ennemis ; enconséquence renouvellant en tant que de besoin la Pétition que j'ai déja faite à cette respectable société patriotique, qu'il ne soit rien innové dans cette Principauté et que les autorités constituées continuent à être exercées dans toute la plenitude du pouvoir, je demande qu'il soit déliberé, séance tenante, de Consulter le Général de l'armée et les Commissaires de la Convention Nationale à Nice, et leur demander une éxplication claire et précise du décret du 15 décembre au sujet de la Principauté de Monaco qui servira de regle à notre conduite.
Citoyens, ne courons pas le risque d'etre
blâmés par la Convention Nationale ; il faut péser dans votre sagesse les principes qui doivent diriger Vos actions ; rappellez vous sans cesse que la loi seule doit être notre Guide et notre flambeau ; qu'il faut en attendre l'explication sur ce qui concerne la Principauté de Monaco et Suspendre tout acte d'autorité trop précipité qui pouroit être censuré par nos Législateurs.
Copie de la lettre adressée aux Commissaires à Nice le 3 janvier :
Citoyens Commissaires,
Depuis le décret du 15 décembre dernier qui proclame la liberté et la souveraineté des peuples dans tous les pays où les troupes de la République ont porté ou porteront les armes, La société patriotique séante à Monaco a pensé que ce décret concernoit aussi cette Principauté ; enconséquence elle a déliberé de proclamer et de faire afficher demain 4 de ce mois le susdit Décret, et elle a déjà fait abatre et biffer toutes les armoiries du Prince, en ordonnant aussi de faire mettre bas les justices et autres.
Après avoir lu avec attention et réflexion le susdit décret et le raport qui le précède, j'ai pensé qu'il ne devoit concerner que les pays conquis ou énnemis, et nullement une Principauté qui a l'honneur d'etre sous la protection de la France depuis plus de 150 ans ; ce qui m'a le plus confirmé dans cette
idée sont deux décrets émanés de l'assemblée nationale. Le 1er à l'occasion de l'indemnité que le Prince a demandée pour ses droits de péages etc., suprimés dans son ci-devant Duché de Valentinois ; et le second, au sujet de la conservation de l'état major de cette place, par lesquels elle a déclaré vouloir observer réligieusement et de bonne foi tous les articles contenus audit traité ; enconséquence pour me garentir de toute improbation de la part de la Convention nationale, ou du Conseil du pouvoir exécutif provisoire, j'ai cru devoir présenter ce soir au club de cette société patriotique la pétition dont je joins ici un extrait, par laquelle j'ai demandé qu'il fut sursis à tout acte d'autorité, en attendant une explication claire et précise dudit décret, sil pouvoit concerner la Principauté de Monaco.
Je Vous Supplie Citoyens Commissaires, de vouloir bien m'éclairer de Vos lumières et me tracer la conduite que je dois tenir dans cette circonstance.
Signé Le [maréchal] de Camp Commandant à Monaco
(Général Millo)
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