Rapport des députés de Monaco auprès de la Convention nationale et du général Brunet à Nice
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CITOYEN Voici le rapport de la mission dont vous nous avez chargés. Le même jour de notre arrivée à Nice nous nous sommes empressés de nous rendre chez les Commissaires de la Convention Nationale. Quoique environnés d'une multitude d'affaires pressantes & à la veille de leur départ pour Paris, ils nous ont entretenus deux fois sur l'objet de notre mission. Ils nous ont d'abord applaudi d'avoir proclamé la Souveraineté du peuple & d'avoir réconquis nos droits ; mais ils nous ont témoigné toute leur surprise de ce que nous n'avions pas encore achevé ce que nous avions si heureusement commencé, & que la Société demanda pour celà des formes. Ils nous ont dit que personne ne peut prescrire des formes au peuple Souverain, que c'est à lui à régler l'exercice de sa Souveraineté ; que leur devoir étoit de nous faire tenir le décret de la Convention Nationale du 15 décembre, qu'ils l'avoient rempli ; que maintenant c'étoit à nous de bien l'approfondir, de consulter nos forces, & décider ensuite si nous voulions être les amis ou les ennemis de la République Française. Nous ne vous cacherons pas, Citoyens, que nous avons cru de notre devoir d'observer aux Commissai-
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res que l'influence de quelque mécontant pourroit s'opposer à l'établissement rapide de la Liberté et de l'Egalité. Ils nous ont répondu que c'étoit dans l'ordre des choses que les intéressés aux abus cherchassent tous les moyens de les perpétuer, et qu'il étoit presqu’impossible que la liberté s'affermit sans avoir des obstacles à combattre, & que si elle avait triomphé en France, ça n'avoit été qu'après que les Français eurent vaincu et terrassé tout ce qui s'y opposoit. Dans cette réponse votre conduite est tracée, nous espérons que vous la suivrez avec fermeté & courage. Le Citoyen Goupilleau, un des Commissaires, nous a manifesté le désir d'avoir l'extrait du procès-verbal de notre Société, dans lequel la Souveraineté du peuple a été proclamée, pour l'apporter à Paris ; nous lui avons promis de le lui envoyer par la poste le plutôt possible. Voilà le résultat de notre mission auprès des Commissaires de la Convention Nationale.
Notre mission devoit ensuite porter nos pas chez le Général de l'armée, non pour lui demander des formes pour assembler le peuple, ce n'est pas dans les fonctions d'un Général, mais pour lui demander dans toute l’étendue la protection que la Nation Française accorde aux amis de la liberté. L'embarquement des plusieurs Régimens, l'arrivée de plusieurs autres, un mouvement presque général dans toute l'armée nous ont empêché de l'approcher avant le 4 du courant. Nous n'avons point eu à regretter ce retard, puisque nous avons été reçus avec les marques de la plus grande
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bonté, nous dirons même de l'amitié la plus affectueuse. Quand on réfléchit à la différence qui existe passe entre les gens ci-devant en place, & les personnes qui occupent aujourd'hui les emplois, on est forcé de chérir la liberté et de détester le despotisme. La douce égalité qui unit les Généraux aux Soldats à tant d'attrait, qu'il faudroit être sans ame pour ne pas la désirer & l'adorer. Nous avons été informés à Nice, que plusieurs amis de la liberté de Monaco étoient dans la crainte d'être abandonnés à leur foiblesse & de devenir les victimes de leur dévouement à la République Française. Cessez de craindre, Freres & Amis, toute l'armée Française est pour vous protéger, le Général nous en a fait la promesse solemnelle, il ne souffrira jamais que les patriotes soient vexés, la Nation Française lui ordonne de les défendre, & il ne s'écartera jamais de ce principe qui doit être la règle de sa conduite. S'il y a de gens qui doivent craindre la vengeance nationale & le poid de la force armée, ce n'est pas vous, Citoyens, ce sont vos ennemis, ce sont les ennemis de la Liberté & de l'Egalité, ce sont les oppresseurs du peuple, & non vous qui défendez ses droits. Qu'ils tremblent donc tous ceux qui, profitant de l'ignorance du peuple, cherchent à l'égarer sur ses véritables intérêts pour l'opprimer ensuite plus que jamais. Ils sont les ennemis de notre Patrie, les ennemis de la France, les ennemis de l'humanité entière, & un châtiment terrible les attend pour les punir de leur hypocrisie, de leurs sourdes manœuvres & de leurs fausses et clandestines
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prédications. Voilà, Citoyens, les assurances, que nous avons été chargés par le Général de vous apporter, assurances qu'il nous a répétées plusieurs fois, dans l'intervalle d'un long entretien, dont il a eu la bonté de nous honorer.
Nous n'avons pas oublié, Citoyens, que le principal objet de notre mission étoit de nous informer de la forme à suivre pour convoquer le peuple en assemblées primaires & nommer une administration provisoire jusqu'à ce que la réunion de la Principauté à la France fut décrétée. Nous avons cru ne pouvoir mieux nous s’adresser qu'à la Société patriotique de Nice. D'abord ces amis de la liberté nous ont accueilli avec joie & nous ont félicité de trouver en nous des hommes libres. Le Comité secret de cette Societé nous a communiqué, que les Députés de Nice auprès de la Convention Nationale n'attendoient que notre décision pour accélérer la réunion du ci-devant Comté, & faire ainsi de la Principauté de Monaco & du Comté de Nice le quatre-vingt-cinquième Département. La Société de Nice devoit envoyer à la notre une députation pour l'instruire de cette nouvelle, & puisque nous étions présens, elle nous a chargés de vous en informer. Pour revenir aux instructions que nous avons demandées pour la formation des assemblées primaires, on nous a dit que chaque peuple pouvoit suivre une forme différente sans être obligé d'adopter celle pratiquée par un autre ; c'est à nous de statuer sur le mode de convoquer le peuple en assemblées primaires et de nommer une administration provisoire.
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PREMIÈRE PARTIE DU RAPPORT DES DÉPUTÉS DE MONACO Auprès des Commissaires de la Convention Nationale & du Général Brunet à Nice.
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